Marathon de Bordeaux : Article SudOuest

« 140 secouristes sur le pont » – Article Sud-Ouest du 16/04/17 – Article : Catherine Debray – Photo : Catherine Debray

140 secouristes sur le pont

Vous fréquentez le stade Matmut pour encourager les Girondins ou les travées de Chaban pour saluer l’UBB, vous suivez les courses cyclistes en Sud-Gironde ou la Patrouille de France à Biganos ? Alors vous les avez forcément croisés. Ils et elles, ce sont les bénévoles de la Protection civile. Habillés de bleu et orange, bandes réfléchissantes blanches, une panoplie obligatoire pour être identifiés des forces de l’ordre.

Hier, pour le 3e marathon de Bordeaux, leur directeur opérationnel, Quentin Bernagaud, même pas 25 ans et six ans de bénévolat à la Protection civile, a déployé un dispositif hors norme : 140 hommes et femmes passionnés par le secours à la personne, six infirmeries gonflables, neuf ambulances. Une performance pour cette association reconnue d’utilité publique en 1969 et qui, en Gironde, regroupe 480 secouristes répartis sur 11 antennes locales. Aide-soignant, chef d’entreprise, comptable, retraité, chômeur, médecin, ambulancier, cadre informaticien, prof de musique, ils donnent de leur temps le weekend sur de nombreuses manifestations, mais aussi lors des plans grand froid pour soigner les gens sans toit ou sauver des flammes de leur squat 200 Sahraouis : « Au cœur de la nuit, Bernard Camelot, 70 ans, un de nos plus anciens, a mobilisé en vingt minutes 15 secouristes. Cette rapidité d’intervention continue de m’épater », confie Quentin.

 

L’enfant de Génissac

Revenons au marathon : deux semaines que ce fils d’un directeur d’exploitation de Saint-Gobain et d’une viticultrice du Libournais, titulaire d’un DUT Tech de Co et fondateur avec sa sœur de sa société de conseil en commercialisation viticole, y œuvre à temps plein. « À 18 ans, je suis devenu pompier volontaire. Je voulais faire plus, raconte l’enfant de Génissac, c’est comme cela que je suis entré à la Protection civile. On y est très responsabilisé. Je suis passionné par le secours et le management. J’ai trouvé la possibilité d’aider mon prochain. » En un temps record, il gravit les échelons et accumule les formations : premiers secours de niveau 1 puis 2, accompagnement psychologique des victimes, chef d’équipe, de poste, de secteur puis de dispositif. Respecté d’une équipe épatée par sa jeunesse et qui l’écoute, sans un mot, donner calmement ses directives.

Hier après-midi, le président national de « la Protec », comme ils disent entre eux, Paul Francheterre, est venu apprécier la rigueur d’un maillage qui courait de la place de la Bourse jusqu’à Pessac, où des secouristes veillaient sur la traversée nocturne des vignes.

 

Une formation solide

Outre les réunions avec Samuel Bouju, le directeur de cabinet du préfet, et la coordination avec ses 11 chefs d’antenne de Libourne (79 bénévoles), Talence (54), Cenon (61), etc., Quentin Bernagaud insiste sur l’esprit de la Protection civile, « du bobo d’enfant jusqu’au traumatisme vital d’un adulte, on est là pour tous. Et pour secourir. Il y a beaucoup de cohésion dans les équipes des antennes qui possèdent de l’autonomie sur les petites interventions. Nos secouristes sont très formés : 35 heures pour le niveau 1 et autant pour le niveau 2. Soit les compétences d’un pompier. »

 

Deux heures avant

Ces bénévoles savent établir tous les bilans de base sur une victime : les circonstances de l’accident, évaluer la saturation, la ventilation, prendre la tension, le pouls, faire un maintien tête, charger sur un plan dur ou un brancard les blessés, etc. « Dernièrement, au Matmut, nous sommes intervenus pour un arrêt cardiaque. » Quand la présence d’un médecin n’est pas requise, les régulateurs du 15, avec lequel « la Protec » a signé une convention, autorisent les secouristes à transporter les victimes vers un hôpital désigné.

Et comment s’organise la répartition des troupes ? « L’association dispose d’un site où chaque bénévole crée son compte et s’inscrit sur les missions proposées. Quand nous disposons du nombre requis, nous fermons les inscriptions. En échange de la formation et de la tenue, on leur demande une action par mois, mais c’est très libre, votre vie peut vous conduire à faire des pauses. Les gens nous voient sur les manifestations, mais chaque intervention prend beaucoup plus de temps en amont et après. On est opérationnels sur site deux heures avant que tout commence. Et on repart quand tout est fini, on démonte les tentes, on rentre les ambulances qu’on nettoie, on recharge les sacs avec le matériel pour repartir le lendemain dans l’urgence si nécessaire. » Des jours et des nuits que ces 480 secouristes girondins consacrent à leurs concitoyens. Pourquoi ? « L’adrénaline un peu, la bienveillance aussi, l’engagement pour les autres, beaucoup. » Jusqu’à sauver des vies.